jeudi 28 janvier 2010

Une petite zone de turbulences

Note : 3/4

En France Michel Blanc est un personnage incontournable du paysage du cinéma.

Pour beaucoup, il est et restera l’un des membres de la troupe du Splendide et le Jean Claude Duss des Bronzés.

Si l’on occulte le terrifiant troisième opus des bronzés ce temps est révolu depuis plus de 25 ans.

Durant ces 25 dernières années Michel Blanc nous a montré qu’il valait mieux que cette image quelque peu réductrice.

A travers des rôles complexes comme Monsieur Hire, des prises de risques comme Tenues de soirées, des comédies aigres douces comme Je vous trouve très beau, il a montré qu’il était un comédien assez exceptionnel.
Son talent ne s’arrête pas là puisqu’il a mis en scène des films assez intéressants comme Une mauvaise passe ou Embrassez qui vous voudrez dans lequel l’humour acerbe de ses dialogues aiguisés prouve qu’il est l’un des meilleurs spécialistes du genre dans le cinéma français.

A mieux y regarder, ses dialogues incisifs, leur humour noir et leur originalité nous prouvent que Michel Blanc était beaucoup plus important qu’on ne le pense dans le succès du Splendide. Les films pathétiques de Jugnot, Clavier ou Balasko en solo sont la preuve criante qu’ils se retrouvent bien dépourvus quand les dialogues et l’esprit du petit chauve hypocondriaque leur fait défaut.

Avec Une petite zone de turbulences, Michel Blanc fait son retour sur le grand écran.
Même s’il n’en est pas le réalisateur, ce film est bien son projet puisque c’est lui qui a écrit l’adaptation du roman anglais duquel il est tiré. C’est encore lui qui en a écrit le scénario et les dialogues. Et c’est lui qui s’en est octroyé le rôle principal.

Une petite zone de turbulence est un vaudeville qui aurait su s’échapper des grands boulevards et de leurs théâtres grotesques pour trouver un équilibre instable entre l’humour anglais et le regard meurtrier de Michel Blanc.

La dépression que traverse Jean Paul, hypocondriaque torturé au moment ou il s’aperçoit que sa femme le trompe, que son fils est homosexuel et que sa fille va se marier avec un con est le prétexte à un festival de dialogues corrosifs écrits au vitriol.
Les amateurs d’humour noir, de second degré ne pourront qu’apprécier, rire et applaudir ce tour de force.

Si Blanc est omniprésent à travers son personnage fétiche d’hypocondriaque dépressif, il est extrêmement bien accompagné par ses partenaires.

Melanie Doutey rend détestable son personnage d’enfants gâtés colérique. Miou Miou joue avec énormément de finesse son personnage de femme modèle pas si modèle que cela.
Gilles Lelouche joue avec beaucoup de finesse son personnage d’agents de sécurité sensible.

Tous les autres personnages, même les plus insignifiants, sont le fruit du regard acerbe de Michel Blanc et retranscrivent tous un petit défaut ou caricaturent une attitude ou un mode de fonctionnement que l’on croise trous les jours dans la rue, au boulot ou dans sa famille.

Le film ne tient que par l’écriture d’orfèvre de Michel Blanc et de son univers si particulier que seuls Bacri et Jaoui peuvent parfois approcher (Un air de familles ou Le gout des autres) quand ils sont en forme.

Si l’on aime le genre, la Petite zone de turbulence vous secouera de plaisir.
Les autres ne comprendront rien. Tant pis pour eux !!!!

mercredi 27 janvier 2010

Agora

Note : 1/4


En 1996, le film d’un jeune réalisateur âgé de 24 ans à peine sortie de son école de Cinéma ouvrait le festival de Berlin et montrait aux yeux du monde que le cinéma espagnol ne rimait pas fatalement avec Almodovar et Carlos Saura et qu’il fallait compter avec Alejandro Amenabar.

Premier essai, coup de maitre pour Amenabar !!
Avec Tesis, un thriller terrifiant sur l’univers des "snuff movies" dont il avait signé la mise en scène, le scenario, le montage et la musique et qui fut primé un peu partout tout en séduisant un large public, il s’imposait d’emblée comme un surdoué absolu.

Attendu au tournant, il récidivait 2 ans après avec Ouvre les Yeux, un film psychologique aux frontières du fantastique et de l’anticipation. Novateur et visuellement époustouflant, ce film récolta aussi une moisson de prix dans de nombreux festivals et récolta aussi les faveurs du public qui ne pouvait rester indifférent à tant de talent.
Tom Cruise fut époustouflé par le film, en racheta les droits et l’adapta pour lui et en fit un remake pour Hollywood sous le nom de Vanilla Sky. Un remake plutôt malheureux qui ne rendit pas hommage à son modèle.

Pris sous la coupe de Tom Cruise, Amenabar saisit l’opportunité qui lui était faite de tourner aux États Unis. Il signa un des thrillers surnaturel les plus fascinants de l’époque avec Les Autres pour lequel Nicole Kidman interprétait le rôle principal.

De retour en Espagne en 2004, il produisit, scénarisa et réalisa Mar Adentro, un film casse gueule sur l’euthanasie avec Javier Bardem qui récoltai lui aussi une moisson de prix dont un oscar, un golden globe et le grand prix de la mostra de Venise.

Avec un parcours sans faute de ce niveau, Amenabar est clairement rentré dans le club très privé des cinéastes dont on attend les films et que l’on va voir les yeux fermés.

Son projet Agora était en gestation depuis un petit moment.
Se confronter à un péplum, c’est assez casse gueule, mais venant d’Amenabar tout est possible.

Si le péplum est par essence une grande fresque spectaculaire dont Spartacus, Ben Hur et Gladiator sont les figures de proue, Agora en respecte les codes mais s’en démarque assez rapidement pour délivrer une réflexion différente dont l’essence n’est pas uniquement basée sur la bravoure, les batailles et l’héroïsme.

En effet le portrait de la philosophe et astronome Hypatie d’Alexandrie en 400 après Jésus Christ est à l’opposé des exploits du Général Maximus Decimus incarné par Russel Crowe dans le Gladiator de Ridley Scott.

En dressant le portrait d’une femme moderne obnubilée par ses recherches sur l'existence du système héliocentrique et le fait que les planètes tournent autour du soleil suivant une orbite en ellipse et non en cercle comme il était convenu jusqu’alors, Amenabar nous livre une approche plus que singulière du genre.

Au-delà du portrait d’Hypatie, le film s’évertue à insister sur le contraste entre cette femme moderne et libre et les guerres de religion dont la violence et la cruauté ravagèrent Alexandrie au moment de l’avènement du christianisme.
Clairement, Amenabar n’y va pas de main morte et dresse un portrait des premiers chrétiens d’une violence noire. La vision qu’il nous en donne est celle d’une bande de fanatiques à faire passer Oussama Ben Laden pour un chef scout.
L’évêque Saint Cyril est présenté comme un bourreau sanguinaire absolu qui règne sur une bande de dévots tel un Raël croisé avec un Adolf Hitler.

Au final le film se transforme en une attaque en règle contre le fanatisme et les religions.
On nous montre celles-ci et le Christianisme en particulier qu’à travers leurs ravages meurtriers.
De plus dans le film, elles sont accusées d’avoir plongé le monde dans l’obscurantisme en rabaissant l’homme et la science pour mieux assouvir leur pouvoir.
En quelque sorte c’est un plaidoyer maçonnique qu’Amenabar nous propose avec Agora ou l’anti-thèse d’un film comme Quo Vadis.

Pour traiter d’un tel sujet, il était évidemment plus simple de s’attaquer aux Chrétiens d’Alexandrie plutôt qu’à Mahomet ou aux conflits de la bande de Gazza.
C’est toujours les mêmes qui prennent c’est un peu agaçant !!!!

Que l’on adhère ou non à cette prise de position, on s’éloigne énormément du péplum traditionnel. La distraction que celui-ci apporte au spectateur laisse place à une épaisseur dans laquelle il est difficile de se retrouver puisque notre mode de vie est assez éloigné de la vie de tous les jours à Alexandrie.
Le film souffre donc de quelques longueurs dues à cet état de fait ainsi qu’au manque d’intérêt que peuvent susciter les recherches scientifiques d’Hypatie chez le spectateur lambda.

Bien sur dans sa forme, le film d’Amenabar est une prouesse. Sa reconstitution d’Alexandrie et de sa bibliothèque est à couper le souffle. La mise en scène est plus qu’inspirée. Les acteurs sont efficaces, la trame narrative est bien amenée.
Amenabar a énormément de talent et ce talent est présent sur chaque image.

Pourtant, malgré ce brio, et même si l’on occulte le coté polémiste du film, Agora est un film assez ennuyeux.
Et l’ennui est à mes yeux le pire ennemi du cinéma. Amenabar ne doit pas avoir le droit de nous ennuyer, il a trop de talent pour cela.

mardi 26 janvier 2010

Le Concert

Note : 3/4


Porté par un bouche à oreille terrible et de nombreuses critiques dithyrambiques, Le concert est le succès surprise de cette fin d’année 2009.

Le réalisateur du film, Radu Mihaileanu, est un cinéaste français d’origine roumaine dont la famille a fui le régime de Ceausescu pour s’installer en France.
Ce n’est pas un inconnu car il a été assistant réalisateur sur de nombreux films (de James Bond à Marco Ferrerri en passant part Jean Pierre Mocky) mais il a surtout fait parler de lui à travers des films comme Vie ou Vas, vis et deviens et Train de vie qui ont été primés dans de nombreux festival.

Le film raconte l’histoire assez rocambolesque d’un chef d’orchestre surdoué du Bolchoï mis au placard sous Brejnev pour ses positions antipatriotiques et qui se retrouve homme de ménage à l’opéra de Moscou.
Il tombe sur un fax proposant à l’orchestre du Bolchoï un concert prestigieux au théâtre du Chatelet de Paris.
Il décide de s’approprier cette invitation et de reformer son orchestre contre vents et marées et de le faire passer pour le Bolchoï afin mener à son terme un concert qu’il n’a jamais pu finir et de prendre une revanche sur le passé.

On n’est pas loin du remake version Russe des Blues Brothers.
Aussi fanfaronne que peut paraitre cette hypothèse on en est pas vraiment si éloigné.

En effet comme dans le film de John Landis, on voit deux énergumènes galérer pour réunir un ancien orchestre éparpillé, plus vraiment concerné et totalement désabusé par les ratages du passé.
On retrouve aussi un humour omniprésent, des personnages hauts en couleurs et une véritable déclaration d’Amour à la musique avec un grand A.

La comparaison s’arrête là car Le Concert est tout sauf un plagiat. On est en effet très loin d’Hollywood et des cascades de bagnoles et du rythm and blues.
Le film a une identité slave très forte qui vous fait passer du rire aux larmes.
La folie douce d’Emir Kusturica n’est pas très loin, les personnages hauts en couleurs du Barbier de Sibérie de Nikita Milkaeilkov non plus.

Tout cela nous donne un film plein de bons sentiments, résolument positif plein de drôlerie comme on aimerait en voir plus souvent.
Le concert est un film parfaitement maitrisé, solidement interprété par les acteurs français et russes.
Il remplit complètement son contrat et touche le spectateur exactement là ou il voulait le toucher : En plein cœur !!!

Le succès du film n’est donc absolument pas usurpé même si dans sa forme Le Concert ne révolutionnera en rien l’histoire du Cinéma. C’est du bon cinéma de papa, très académique mais particulièrement bien réussi qui saura séduire un public très large pour qui il sera probablement l’une des deux ou trois sorties en salle obscure de l’année.

Le Concert est aussi la preuve qu’il existe heureusement une alternative crédible aux blockbusters en 3D qu’on va nous infliger dans les prochaines années et que les émotions ne riment pas fatalement avec les centaines de millions de dollars de James Cameron et que la musique ne s’arrête heureusement pas à celle de l’ignoble James Horner.

Il faut donc aller voir Le Concert, avec toutes sa famille car il plaira autant au jeune de 12 ans qu’à ses grands parents et arrière grand parents. C’est dire si le film est fédérateur.

lundi 25 janvier 2010

Depeche Mode - Palais Omnisports de Paris Bercy, le 19 janvier 2010

Note : 3/4


Il ne peut en rester qu’un !!!

En 2010, Depeche Mode est le Highlander du courant New wave électronique apparue au début des années 80 en Angleterre.
30 ans après leurs débuts et plus de 100 millions de disques vendus, ils sont les seuls à avoir maintenu leur popularité et une carrière artistiquement crédible. Tous les autres ont disparu ou presque.

Certains n’ont pas su se renouveler et ont été les victimes d’un son devenu ringard avec le temps.
D’autres survivent dans des circuits de concerts nostalgique et ne fédèrent que quelques fans ultimes qui n’achètent même plus leurs albums.
Les autres ont splitté ou se sont reconvertis dans d’autres domaines et Dieu merci ne nous effraient plus avec leur terribles tenues vestimentaire, leurs coiffures immondes, leur maquillage outrancier et leurs synthétiseur Bontempi aujourd’hui purement inaudibles.

On pense dans le désordre à des groupes comme Orchestrial Manœuvre in the Dark aka OMD, Soft Cell, The human league, Dead or Alive, Adam and the Ants, Duran Duran, Eurythmics, Alphaville, Franky goes to Hollywwood, Visage et autres Yazoo et Camouflage ou Erasure.
Depecha Mode fait partie des derniers grands mohicans de la musique des années 80 dont la popularité n’a jamais faibli avec The Cure et U2.

Leur concert à Bercy est l’un des derniers de l’énorme tournée 2009 qui promouvait leur dernier album Sound of the universe.
Une tournée des stades au succès colossal qui a cependant connu quelques soubresauts et dates annulées en raison de l’opération d’une tumeur cancéreuse qu’a du subir le chanteur Dave Gahan.

C’est un Dave Gahan bien rétabli et un groupe très en forme et archi-rôdé par les nombreuses dates précédentes qui s’appropriait l’arène du sinistre Palais Omnisports de Bercy.
Une fois n’est pas coutume, il faut souligner que le son était exceptionnel et n’a pas pâti des maléfices sonores de la terrible architecture de Pierre Parat, Michel Andrault et Aydin Guvan.

Porté par ce son digne d’un rouleau compresseur sur lequel le jeu de batterie de maréchal ferrant de Christian Eigner donnait l’impression de s’incruster dans votre cervelle, Depeche Mode montre à qui en doutait qu’ils ne sont pas là pour plaisanter et que l’amateurisme et l’approximatif n’a pas de places chez eux.

Cela parait évident mais outre ses sons électro particulièrement travaillés et inoxydables à l’usure du temps et de la kitcherie, le véritable plus produit de Depeche Mode, c’est Dave Gahan !!!

Ce mec est un show man et un chanteur exceptionnel.
Il est clair que l’électro de Depeche Mode n’est qu’une superposition réussie de sons électroniques travaillés, de rythmes tribaux oppressants et des quelques riffs de guitares assez simplistes. Le coté mélodique vient presque uniquement du chant de Dave Gahan.
Son charisme et sa présence remplissent sans peine l’immense scène de Bercy et sa voix de stentor baryton est sans nul doute l’une des plus marquantes du genre au coté de celles de Nick Cave, Iggy Pop ou Jim Morrison.
Sa voix emmène la musique de Martin Gore et de ses acolytes dans une autre dimension qui explique sans peine le succès du groupe.

La première partie de la set list fait la part belle aux années 90 / 2000 du répertoire et au nouvel album.
Une chanson comme Wrong, le single du dernier album, s’inscrit sans peine comme un classique du groupe et trouve parfaitement sa place au milieu des classiques de cette période comme Walking in my shoes.

Le premier morceau emblématique de la période 80’s sera A question of time dans une bonne version mais on aurait aimé que Dave Gahan chante les refrains plutôt que de laisser chanter le public.

Après une petite session des chansons de Martin Gore, on entrera dans le vif du sujet avec les chansons historiques du groupe.
Tout de suite l’ambiance et la qualité du set monte d’un cran.
Il est clair que les morceaux des derniers albums des années 90 et 2000, s’ils sont bons et complètement dans l’esprit du groupe, n’atteignent en rien le niveau des grands classiques des années 80 et du début des années 90.
Au delà de leur notoriété immédiate, le chant et les refrains de Dave Gahan sont beaucoup plus fédérateurs sur les titres de cette période.

Il est clair que peu de groupe peuvent enchainer des hymnes comme Policy of truth, In your room, I feel you, Enjoy the silence, Never let me down again, Behind the wheels et Personal jesus.

Le public ne s’y trompe pas et exulte littéralement à juste titre en scandant les refrains à l’unisson.

Malgré cela le concert s’arrête presque brutalement après Personal Jesus et 2 heures de show.

Il y a de la frustration dans l’air. On se dit qu’on aurait bien rempilé pour 30 minutes de plus ou supprimé quelques chansons récentes pour pouvoir entendre les putains de tubes qu’ils n’ont pas joué ce soir tel que Master and servants, Shake the disease, I just can’t get enough, People are people, Everythings counts, Black celebration, Something to do

A cause de cela on quitte la salle avec un zeste d’amertume en ayant l’impression d’avoir vu un excellent concert mais d’être parti avant la fin.

Jacques Dutronc - Zénith Paris, le 15 janvier 2010

Note : 2/4


On aime tous Dutronc.
Beaucoup d’entre nous ont été bercé par ses chansons depuis leur plus jeune âge.
De plus c’est un personnage assez énigmatique mais particulièrement sympathique et même assez fascinant.
Avec sa gueule d’ange, son regard vif et malicieux, son sourire impertinent, son humour dévastateur et sa désinvolture assumée, Dutronc est une vraie figure culturelle française.
En tant qu’acteur et chanteur, il a tutoyé les sommets sans donner l’impression de se fouler une demie seconde.
Ami de Gainsbourg, mari de Françoise Hardy, Van Gogh chez Pialat, fêtard invétéré, ermite en Corse, amateur de vin et de cigare, ce mec véhicule une image hyper sympathique du français dans toute sa splendeur.
A l’heure du débat sur l’identité national, on pourrait peut être dire qu’être français c’est être Dutronc. Ce serait pas mal !!

Absent de la scène depuis près de 18 ans, son dernier disque (assez dispensable malgré ses retrouvailles avec Lanzman) Madame l’existence est sorti il y a près de 7 ans, Dutronc annonçait son retour sur les planches en mai dernier pour une cinquantaine de dates dans toutes la France qui le ferait quitter sa tanière Corse

Sa cote de popularité n’étant pas retombé d’un millimètre depuis son apparition au milieu des années 60 , les places se sont arrachées très vite et c’est donc assez heureux que l’on prenait le chemin du Zénith plein de cactus et de fille du père noël dans la tête.

C’est assis nonchalamment dans un fauteuil club que Dutronc fit son entrée sur scène.

Un groupe de requins de studio déroulant du blues rock plein de testostérone, l’accompagne. C’est avec beaucoup de désinvolture que Dutronc saisit son micro et attaque sa soirée par un Et moi et moi et moi de très bonne facture.
Bonne nouvelle, sa voix est parfaitement intacte et énergique.
Dés lors les tubes rock se succèdent : Fais pas si fais pas ça, La fille du père Noël, On nous cache tout on nous dit rien
Si les interprétations sont bonnes, le son calibré un peu trop propre de son groupe de requins de studio n’a pas la fraicheur du son « Kinksiens » des versions originales.
Le public (pas mal de jeunes retraités et quelques gamins d’une trentaine d’année) est assis et étonnamment passif. Pourtant ces chansons sont à reprendre en chœur.
On aurait aimé entendre ce répertoire rock yéyé dans une plus petite salle avec un son un peu plus crade devant un public plus jeune et plus vivant.

Mais Dutronc, ce n’est pas que du rock, c’est aussi un crooner. Sa voix fait merveille sur Le plus grand des voleurs, Les playboys, Comment elles dorment...

Le concert tourne alors plus au cours de chant. Entre chaque morceau Jacques Dutronc fait des vannes et cultive son personnage de désinvolte bourru sur-sensible à l’humour acerbe pour le bonheur du public.

Des titres des années 80 viennent s’intercaler avec Qui se souci de nous et le fabuleux Hymne à l’amour (moi l’nœud) qui semblent secouer et réveiller le public.

Vincent Lindon vient pousser la chansonnette en duo sur Tous les goûts sont dans ma nature de manière assez bancale. Il faut dire que ce n’est pas son métier.

Dutronc n’est pas une bête de scène. Si son charisme est évident et sa voix très bonne, on sent que la scène n’est pas son domaine. Statique et bourré de timidité, il l’aborde sans trop se fouler et sans avoir trop réfléchi à l’impact des enchainements de chansons ; il n’y a pas de montée en puissance. A force de parler systématiquement entre chaque chanson il empêche l’ambiance de décoller vraiment.
C’est peut être le prix de voir Dutronc en tout début de tournée, son spectacle n’est probablement pas encore rodé.

Cela ne nous empêche pas de prendre un plaisir fou à écouter Le petit jardin, Il est 5 heures paris s’éveille, J’aime les filles, Les cactus, L’opportuniste, Sur une nappe de restaurant dans de très bonnes versions.

A y réfléchir, on se dit que l’animal a quand même un répertoire assez magique.
Mais c’est sans trop se fouler que Dutronc assume sa tournée relevé des compteurs.

La soirée se termine par deux des chansons arnaque de son répertoire : Merde in France et La compapade.

Dutronc quitte la scène comme un éclair avec sa désinvolture légendaire avant de revenir pour un rappel ou il reprendra une version copier coller de Et moi et moi et moi par laquelle il avait attaqué la soirée.

On aurait préféré avoir Mini mini mini, Le responsable ou L’aventurier, Les gens sont fous les temps sont flous pour clore ce récital même si L’idole aurait été la parfaite conclusion de cette soirée tant elle reflète le personnage.

Ce fut un concert minimum syndical un peu bancal. On mettra ça sur le compte du début de tournée.
Un peu plus travaillé avec des enchainements de chansons plus énergiques et plus cohérent dans une salle avec une fosse sans places assises et un peu plus intime comme l’Olympia, le concert aurait été d’un autre niveau.

Mais Dutronc reste Dutronc et ca fait quand même plaisir d’avoir pu le voir sur scène !!

lundi 4 janvier 2010

Avatar


Note : 2/4

Ce mois cinématographique de décembre 2009 aura été écrasé par la sortie d’Avatar, le dernier méfait de James Cameron.
Vendu dans un désert cinématographique inédit pour une période de Noël, il écrase tout sur son passage.
En effet la concurrence ne semble pas avoir voulu relever le défi.
Aucun Disney ou magicien à lunette ne s’opposent aux créatures bleues de la planète Pandora.

Avec une campagne de communication comparable au déferlement d’un tsunami, une présence sur la toile digne d’un Obama en campagne mettant en exergue le plus gros budget de tout les temps (record fait pour être battu régulièrement ceci dit…) il fallait être un ermite pour ne pas être approché par la promotion du film.

De plus l’évènement bénéficiait d’un plus produit, puisque c’est bien de marketing dont on parle, avec la fameuse projection en 3D ou relief annoncée comme le nec plus ultra de la modernité.

Je m’autoriserai d’ailleurs une petite digression sur ce sujet.
On a longtemps vendu les films Pixar comme des films de 3D alors que ce sont des films en image de synthèse, 100 % crée sur ordinateur.
La 3D est le terme générique pour parler de film en relief.
Le cinéma en relief est d’ailleurs tout sauf une nouveauté. En effet en 1954, le réalisateur de B movies Jack Arnold avait fait sensation en utilisant ce procédé pour sa fameuse Créature du Lac Noir en utilisant un procédé de superposition d’images basé sur des couleurs filtrées par des lunettes sensibilisant chaque œil à une couleur primaire différente, jouant sur la perception de profondeur.
Les enfants nés dans le milieu des années 70 connaissent parfaitement ce système puisqu’ils avaient été nombreux à se procurer des lunettes pour voir cette fameuse créature en relief lors de la diffusion de ce film dans la fameuse dernière séance d’Eddy Mitchell. Cela avait d’ailleurs été un gros fiasco.

Outre La créature du Lac Noir, la 3D s’est invité sur pas mal de films et particulièrement sur les films d’horreurs dans les années 80 et 90. Le requin des Dents de la mer 3, L’ultime cauchemar de Freddy, Jason, le tueur au masque de hockey des Vendredi 13, La maison d’Amityville ont eux aussi expérimenté le relief pour augmenter la tension chez le spectateur.

Les Rolling Stones et U2 ont aussi fait en sorte de filmer des concerts en 3D qui ont été projetés dans des salles spécifiques comme la Géode.
Disneyland et le Futuroscope de Poitier ont eux aussi conçu des attractions basées sur ce procédé dans leurs parcs.

Ce que l’on sait moins en revanche, c’est que Le crime était presque parfait d’Alfred Hitchcock et le quatrième opus des aventures d’Emmanuelle ont aussi bénéficié du plus produit en relief.
Avis aux amateurs…

Si la 3D n’est donc pas une nouveauté, elle était jusqu’alors compliquée à mettre en place et pas forcement au point.
Depuis deux ou trois ans, et avec l’avènement des salles à projection numériques, le système est revenu sur le devant de la scène car il est beaucoup plus simple à mettre en place.
Quelques films mineurs l’ont utilisé : La terrible adaptation de Voyage au centre de la Terre avec l’homme aux yeux de poissons, Brendan Fraser, des films d’horreurs (Destination finale) et un paquet de film d’animation en image de synthèse (Volt, La haut, L’âge de glace…)

Le système étant désormais rodé, il était temps de le tester sur un vrai bon gros block buster afin de mesurer son impact auprès des ados qui sont les premiers consommateurs de cinéma. Des consommateurs qui désertent quelque peu les salles en étant happé par les consoles de jeux qui les placent au cœur d’une aventure alors que le cinéma ne peut que les mettre devant une aventure.

On comprend donc que la 3D d’Avatar est une date importante car si l’essai se révèle payant, on peut s’attendre à voir de nombreux block buster en 3D déferler sur os écrans dans les années à venir au moment des fêtes de Noël.

Revenons au film !!!

Avatar est un tour de force et un vrai film de cinéma.
En effet si l’on estime que le cinéma est une usine à rêves et de divertissements à grand spectacle, Avatar en est l’illustration même.

James Cameron, par la dimension et l’ampleur de ses projets cinématographiques est bel et bien le digne héritier de Cecil B de Mille (réalisateur en son temps des Dix commandements, de Sanson et Dalila, du Plus grand chapiteau du monde) et de ses films pharaoniques qui était eux aussi des laboratoires pour les effets spéciaux ou des techniques nouvelles pour l’époque comme le Technicolor.

En utilisant et améliorant toutes les techniques en gestation depuis des années (effets spéciaux, numérique, motion capture, 3D, images de synthèse…) James Cameron arrive à nous faire vivre sur la planète Pandora, à nous promener dans ses forets, à voler dans le ciel sur des ptérodactyles, à nager au fond des rivières, à participer à des batailles terrestres et aériennes délirantes.
De ce point de vue là Avatar est un film extraordinaire et presque sans équivalent qui ne peut laisser insensible même le fonctionnaire le plus sinistre de l’administration publique.

LA 3D apporte un peu plus d’ampleur au film même si celui-ci reste tout aussi spectaculaire sans elle.

Avec Avatar et comme pour ses films précédents (Terminator, Aliens, Abyss, Titanic), le cinéma de James Cameron se démarque par son modernisme, sa technologie de pointe et son ambition.
Cependant cette quête effrénée de la démesure a un prix.

Le but des films de Cameron est de mettre en avant à la manière d’un feu d’artifice les technologies les plus modernes.
Du coup ses films résistent mal à l’épreuve du temps puisque cette technologie correspond forcement à un instant T qui sera fatalement dépassé puisque celles-ci ne cesseront d’évoluer.

Il faut donc voir Avatar maintenant et sur très grand écran.
Pas dans dix ans car le film aura vieilli et probablement mal vieillit. Regardez Titanic ou T2 aujourd’hui et vous comprendrez …
Il est clair que l’univers de Pandora avec ses couleurs chatoyantes, fluoressantes et phosphoressantes semble tout droit sorti d’une fullmoon party sur une plage thaïlandaise et de la BD Aldebaran. Un univers qui risque toutefois d’être obsolète dans 10 ans.

Imaginer la vision de ce film sur un écran de télévision serait aussi fascinant que de regarder un concert d’Iggy pop ou des stones sur Youtube.

A baser son film sur la technologie, Cameron laisse souvent l’histoire au second plan et c’est le très gros défaut du film.
Avec un tel budget, on aurait pu imaginer une équipe de scénaristes sortant des trames narratives solides, des personnages à plusieurs facettes, des rebondissements terribles.
Mais Cameron s’est laissé emprisonner par le Marketing.
A vouloir séduire le plus grand public possible et à faire secouer le money maker il est devenu l’esclave des projections tests.

Du coup, toute l’histoire est devenue simpliste, les rebondissements convenus et prévisibles et les personnages totalement manichéens.

La colonisation de la planète Pandora par des terriens aveuglés par l’appât d’un métal précieux les poussant à commettre un génocide manque clairement d’originalité.

La résistance s’organisant autour d’un héros handicapé mais pourtant fédérateur fait penser dans son traitement à une relecture de Mission de Rolland Joffé, de Gladiator, de Blood diamond ou de Braveheart.

Alors que de vrais thèmes de sciences comme le dédoublement de personnalité, les actions simultanées dans deux endroits différents, auraient pu être exploité de manière originale Cameron s’emploie à nous proposer un scénario totalement convenu et mille fois vu et revu.

Si le personnage principal tient plus que la route, les personnages secondaires sont des désastres absolus tant ils sont débiles, inexpressifs et archi caricaturaux.
Le grand méchant en chef qui dirige les assauts avec son mug de café à la main et dont le manque d’humanité ferait passer le Terminator pour un poète lyrique est d’un pathétique achevé.
La prestation de Michelle Rodriguez et sa poitrine opulente en pilote d’hélicoptère tiraillé entre son devoir militaire et sa conscience est à peu près aussi poignante que Denise Richards en astrophysicienne dans un James Bond avec Pierce Brosnan.
Je m’arrêterais là car la liste est longue et que je ne souhaite pas égratigner Sigourney Weaver pour qui j’ai le plus grand respect.

Cameron est un cinéaste excessif. Il veut trop en mettre plein la vue et il en fait des tonnes et des tonnes : Les effets spéciaux, les histoires d’amours soutenues par des violons dégoulinants, les combats dantesques, les méchants très très méchants, les gentils très gentils.
Dire que l’ensemble maque de finesse est un euphémisme.

Au-delà de la mise en scène, il veut renforcer son propos avec un message à destination des générations futures à travers deux thèmes chocs : l’écologie et la lutte contre le racisme !!!
Une écologique hyper opportuniste dénonçant la déforestation et prônant la préservation des espèces en dangers.
La lutte contre le racisme à travers la représentation des hommes bleus qui font irrémédiablement penser à des afros américains aux yeux bridés et qui malgré leur coutumes qui nous sont étrangère ont énormément de choses à nous apprendre.

Tout cela est enrobé par un mysticisme de bas étage ou la croyance en l’au-delà et aux puissances de la nature semble être l’ultime salut.
Au-delà de l’opportunisme on rigole quand même doucement en repensant au budget du film et au bilan carbone de celui-ci…

Pour enrober le tout, Cameron a le mauvais goût de faire appel pour la musique à l’ignoble James Horner dont je dénonce ici le manque de talent régulièrement.
Une fois de plus, celui-ci nous sert une partition pompière, omniprésente, dégoulinante d’une vulgarité absolue et d’une finesse de diplodocus.
Pour appuyer le coté écolo du film, Horner nous inflige une musique éthno new age aseptisée comme le groupe Era n’oserait même pas nous en proposer…
Le sommet de la vulgarité, et de l’horreur musicale atteint son paroxysme lors du générique de fin avec la chanson de Léona Lewis.
Avec une voix qui mélange le pire de Céline Dion et de Maria Carey, elle hurle comme un chien devant la pleine lune à grand renfort de vibratos des paroles débiles qui feraient passer My heart will go on de Céline Dion dans Titanic pour une alliance entre Mozart et Arthur Rimbaud. C’est proprement effroyable !!!!
Cela dit les spectateurs quittent la salle très vite du coup…

Si Avatar peut représenter par son coté visuel une date dans l’histoire du Cinéma, un film hors norme comme on en voit peu, c’est aussi un soufflé, un beau soufflé doré très appétissant mais qui retombe assez vite.
Cependant ses faiblesses sont assez criantes et l’empêcheront à mes yeux d’avoir la même portée, la même profondeur qu’un Star Wars ou que Le Seigneur des anneaux.

On passe toutefois un bon moment devant un grand écran car le film nous emmène quand même bien plus loin qu’une ligne de RER.

lundi 14 décembre 2009

Le vilain


Note : 1/4

Albert Dupontel est un comédien fabuleux, probablement l’un des tous meilleurs, si ce n’est le meilleur du paysage cinématographique français actuel. Ses interprétations dans Deux jours à tuer, L’ennemi intime ou Fauteuils d’orchestre sont mémorables.

En marge de et activité d’acteurs, Dupontel est aussi metteur en scène.
Un metteur en scène singulier avec un univers bien particulier pour ne pas dire totalement singulier.
Avec Bernie, Le créateur ou Enfermés dehors, il avait marqué les esprits par son outrance, son humour acide et son esthétique déjantée.
Il n’y a pas de demi-mesure, on adore ou on déteste. Bernie ou Le créateur comptent des fans pour ne pas dire des dévots absolus pour qui chaque film de Dupontel est un film culte.
Les autres ne comprennent pas, forcement son univers peuplé de caricatures affreuses bêtes et méchantes et son univers relevant d’avantage de Fluide Glacial que des Dossiers de l’écran ou des romans de Jane Austen.

C’est donc en sachant pertinemment où je mettais les pieds et sans être fan que je me suis retrouvé à voir Le vilain son dernier film.
L’histoire d’un mauvais fils qui veut se débarrasser de sa mère qui n’est pas dupe de ses intentions n’a pas grand intérêt.
Elle est prétexte à développer une galerie de personnages outranciers qui pourraient être en quelques sortes les petits anges diablotins rouges quand les personnages de l’univers de Jean Pierre Jeunet sont les petits angelots blancs.

La mère est interprétée de manière remarquable par Catherine Frot, qui livre une fois de plus une interprétation lunaire comme elle seule sait le faire en gentille vieille dame du coin de la rue. Albert Dupontel quand à lui se réserve le rôle du vilain et offre à Bernard Farcy et Bouli Laners et leurs gueules impossible des personnages savoureux.

Pourtant le film ne prend pas. Je ne saurai dire si c’est Dupontel qui est moins méchant ou si c’est son film qui est moins inventif que par le passé.
C’est paradoxal car il ne manque pas d’idées saugrenues visuelles et narratives mais on ne rentre pas dans le film. On le trouve même un peu long et indigeste. Si l’on sourie une ou deux fois, on ne rit jamais et on n’est jamais coqué non plus.

Le Vilain est donc pour les amateurs des premiers films de Dupontel un pétard mouillé et une fois de plus un film que ses détracteurs trouveront débiles et à peine distrayant.

mardi 8 décembre 2009

Une affaire d'Etat


Note : 0/4

Porté par un casting plus que solide, par une bande annonce percutante et de bons articles de presse cette Affaire d’État s’annonçait sous les meilleures auspices.
On s’attendait à un film dans l’esprit des grands films politiques des années 70 comme I comme Icare, L’héritier ou Mille milliard de dollars boosté par une mise en scène à la Ne le dis à personne. Bref à un vrai film de genre français populaire, c’est dire si la motivation était présente !!

Sauf que quand on manque de talent, il faut parfois s’abstenir.
C’est le triste constat qui s’impose à la sortie de la salle.

Eric Valette, le réalisateur semble pourtant animé par une démarche sincère et une vrai volonté de vouloir renouveler le cinéma de genre Français en nous proposant un thriller ou s’entremêle le coté obscur de la manipulation politicienne et un vrai polar d’action.
On sent bien qu’Eric Valette a grandi avec de bonnes références et qu’il a été marqué par les films de Verneuil, la musique de Morricone, les grands rôles de Delon, Ventura et Belmondo, des seconds rôles comme Charles Denner, Bernard Blier, Michel Auclair, François Perier ou Charles Vanel.
On sent bien qu’il a voulu offrir au public un grand film comme 36 quai des Orfèvres ou Ne le dis à personne.

Et pourtant, malgré toute cette bonne volonté et la sureté de ses gouts, Eric Valette ne peut nous offrir qu’un énorme navet.
Et c’est bien dommage !!!!!

Malgré un scénario habilement construit où l’enquête d’une jeune flic sur la mort d’une prostituée à Pigalle et l’explosion d’un avion bourré d’armes contrebande au large des cotes africaine s’avèreront être une seule et même affaire : une affaire d’État mettant en cause les plus hautes instances et ébranlant l’équilibre diplomatique franco-africain. Sauf que le film tourne à la catastrophe.

Comme quoi une bonne histoire et de bons acteurs ne sont rien sans un bon chef d’orchestre !
Sans vouloir accabler le pauvre Eric Valette, le naufrage du film semble malheureusement à lui être imputé totalement à moins qu’il ait subit des restrictions et de grosses contraintes financières et temporelles de son producteur.

Cela se traduit par une réalisation et un esthétisme à peine plus enthousiasmant qu’un épisode du Commissaire Moulin ou d’un Navarro du début des années 90.

Pire, les acteurs semblent totalement abandonnés à leur triste sort en ne sachant pas comment rendre crédible cette histoire.
Il faut dire qu’ils ne sont pas aidés non plus par la pauvreté absolue dialogues qu’ils ont du apprendre.
André Dussolier peine à tirer son épingle du jeu et semble déboussolé. Christine Boisson, malgré un physique toujours aussi séduisant semble revenir à une force d’interprétation digne de celle qu’elle avait dans Emmanuelle. Rachida Brakni, pourtant sociétaire de la comédie française ne nous offre qu’une interprétation monolithique quasi "chuck norrissienne" de son personnage de flic obstiné. Les seconds rôles sont d’une transparence absolue à l’exception de Philippe Magnan qui nous sert son numéro éculé de salopard détestable sans donner l’impression d’y croire.
Mais la palme revient à Thierry Fremont !!!
En roue libre totale, cet acteur dont on connait pourtant le potentiel, campe un tueur féroce à grand renfort de tics nerveux, de sourcils froncés et de grimaces pour faire peur aux passants et aux petites filles. On est au bord du film burlesque ou d’une parodie des Inconnus. En singeant le De Niro de Taxi Driver couplé avec le Terminator de Schwarzenegger, Thierry Fremont nous inflige une prestation encore plus désastreuse que celles des pires moments de la terrible carrière du jusqu’alors inégalable de Clovis Cornillac (Les brigades du tigre, Le serpent, Le scorpion). Il en devient risible.

A cela vient s’ajouter une bande originale ou des extraits de BO de Moriconne qui feraient merveille chez Tarantino ne transmettent pas plus d’émotions que dans la dernière pub de GDF Suez. Le reste de la musique est un artifice pompier qui n’élève jamais le propos.

A cela vient s’ajouter un coté provoc à deux francs qui voudrait nous faire croire que les soirées de nos ministres s’apparentent à celles de Don Simpson (producteur déjanté de Top gun et du Flic de Beverly Hills, mort de ses excès).
Même transposé au cinéma on imagine mal notre ministre de la défense Hervé Morin tapant de l’héroïne dans des partouzes SM sous les dorures de la république.
Même si certains diront que cela doit sans doute en être ainsi, on n’y croit pas une seconde devant la caméra d’Eric Valette.

En plus de tout cela, on finit aussi par s’ennuyer fermement et il est clair qu’il sera difficile de donner une seconde chance au cinéma d’Eric Valette, qui ferait mieux de donner une autre orientation à sa carrière ou de se contenter de mettre en scène des polars pour TF1 le jeudi soir.

jeudi 3 décembre 2009

The Doors of the 21st century - Zénith Paris, le 8 décembre 2003


Note : 4/4

Les Doors en concert au Zénith de Paris en décembre 2003, cela pouvait porter à sourire tout en sentant grandement le traquenard et le relevé des compteurs, voir même le tribute band !!

Attiré par une curiosité un peu malsaine mais aussi par le fait que, tout bien réfléchi, les chansons des Doors sont malgré tout des putains de bonnes chansons, on se laisse aller à acheter une place.
On prend le chemin du Zénith en ne sachant pas trop à quoi s’attendre mais on est quand même un peu rassuré par certaines interviews publiés avant le concert.

En effet, ce soir les Doors s’appelleront The Doors of the 21st Century.
Robbie Krieger (guitare) et Ray Manzarek (orgue) seront bel et bien de la partie même si John Densmore (batterie) a décliné sa participation.
La lourde tache de se substituer à l’icône Jim Morrisson incombe à Ian Atsbury.
Le chanteur de The Cult (groupe rock néo seventies ayant eu un succès mondial à l’exception de la France à la fin des années 80) pouvait ne pas être un mauvais choix. Il est doté d’un certain charisme et d’une voix de baryton qui pourrait tenir la route.
Cette fine équipe est soutenue par un batteur et un bassiste.

De plus Ray Manzarek annonce la couleur. Ils joueront le soir du 60ème anniversaire de la naissance de Jim Morrisson dans la ville ou il est mort et enterré.
Pour l’occasion ils annoncent qu’en plus de leurs classiques ils joueront l’intégralité de l’album L.A. Woman, qu’ils n’avaient jamais joué sur scène en raison de l’exil parisien et de la mort de leur leader.

Bonne nouvelle, la salle est comble. On aurait redouté de se trouver dans un Zénith à moitié vide.
Le public est composé de tous les âges : du lycéen au vieux routier des festivals des années 70.
Il attend patiemment dans une atmosphère cannabique en écoutant de vieux blues que crache la sono du zénith.

Puis les lumières s’éteignent, des images de Jim Morrisson projetées sur un écran géant s’accélèrent au son de Karmina Burana. Le public joue le jeu, on est pas loin d’avoir des frissons.

Les musiciens débarquent et attaquent directement par Road house Blues.
Dés lors tous les doutes et toutes les appréhensions s’effacent.
Le son est bon, fidèle à l’idée qu’on se fait des Doors. Mais surtout Ian Atsbury fait bien mieux que tenir la route.
Son Charisme et son physique pourrait être celui de Morrisson à 45 /50 ans. Sa voix reste fidèle est respectueuse de Morrisson sans tomber dans l’imitation.
Bref on y croit, on est bien dans le trip.

Le trip devient extraordinaire puisque Break on through, When the music is over, Love me two times, Alabama song, Five to one s’enchainent et nous emmènent de plus en plus loin.

L’une des très bonnes surprises de la soirée, c’est que Manzarek et Krieger sont dans une forme éblouissante. Ils enchainent des solos et des improvisations particulièrement inspirés, bien au-delà de ce qu’on pouvait attendre et parfois même supérieurs à ceux de l’époque Morrisson.

Un petit passage plus intime nous donne la possibilité d’entendre The Crystal Ship, People are strange et une version hallucinante de Spanish Caravan.

Après un mini break, c’est l’heure de L.A. Woman.
Tout l’album y passe.
La version de Riders on the storm est un sommet qui ne sera dépassé que par L.A. Woman qui reste l’une des 10 plus grandes chansons rock de tous les temps.

Le rappel commence sous les meilleurs auspices puisque les Doors du 21eme siècle nous gratifient de versions délirantes de Not to touch the earth, Wild child avant de finir en apothéose sur Light my fire pendant un bon quart d’heure!!

C’est un triomphe absolu, le public est survolté, déchainé, il en redemande. On n’ose pas y croire. On est déjà là depuis trois heures.

Et pourtant, toute lumière allumée, ils reviennent et nous envoie un Soul kitchen qui fait danser et tripper toute la salle.

Ce devait être un soir d’état de grâce. Certains diront que l’âme de Jim flottait au dessus du public mais je suis plus terre à terre.
Je retiens surtout que :
Je me suis pris une claque dont l’intensité était inimaginable.
Qu’on ne pouvait pas rêver d’une meilleure set list.
Qu’au final il n’y a pas grand chose de plus cool que d’écouter les Doors en live en 2003 et que même si ça peut en faire sourire certains, c’est probablement l’un des 5 plus grands concerts qu’il m’est été donner de voir.

PS : j’ai eu la chance de les revoir sur scènes 8 mois plus tard et même si c’était très bien, l’état de grâce n’était plus là et le concert n’a pas atteint les sommets de ce 8 décembre 2003.

lundi 23 novembre 2009

Et pour quelques dollars de plus


Note : 4/4

Après Il était une fois la révolution il y a quelques semaines, le Grand Action nous donne la rare possibilité de voir des Sergio Leone sur grand écran.

Cette fois-ci c’est Et pour quelques dollars de plus que nous avons la possibilité de revoir.

Et pour quelques dollars de plus est le second volet de la trilogie des dollars.

Le premier volet était Pour une poignée de dollars qui, loin s’en faut, n’est pas le meilleur film de Sergio Leone. Il avait toutefois le mérite de poser les codes de sa vision du cinéma et du western.

Avec le recul, ce film fut un énorme pavé dans la mare, un vrai film Punk !!!
En présentant l’Ouest Américain comme une terre désolée, peuplée de tueurs et de racailles n’ayant d’autres scrupules que l’avidité de l’or et la cruauté la plus bestiale. Il est clair que l’approche de Léone dénotait par rapport à l’ouest triomphal de John Wayne et John Ford.
Outre cette représentation, le film de Leone introduisait un anti héros sans foi ni loi interprété par un inconnu du public, Clint Eastwood dont on ne sait rien, même pas le nom.
Avec un budget proche du néant, des dialogues plus que basiques, une photographie exceptionnelle apportant une vision totalement neuve au cinéma et une première collaboration avec Morricone, Léone remporta un succès inespéré.
D’autant que comme tous ces westerns, le Far West fut filmé à Almeria en plein Andalousie avec des figurants italiens et espagnols.

Fort de ce succès, il obtint un budget plus consistant pour réaliser son deuxième western Et pour quelques dollars de plus.
En assumant complètement son style, Léone poussa le bouchon encore plus loin et donna une vision encore plus personnelle et un bien meilleur film.

Sur les deux heures du film, les trois premiers quarts d’heures ne servent qu’à présenter les trois personnages : Deux chasseurs de primes et un outlaw de la pire espèce. Dans cette présentation, on ne sait rien de leurs vies, à peine leur noms mais on comprend à qui on a à faire et comment ils fonctionnent.

L’histoire ne se déclenche donc qu’au bout de 45 minutes, ou l’on comprend que les deux chasseurs de primes sont contraints de s’associer afin de mettre la main sur le terrible outlaw appelé l’Indien.

Après un braquage de banque et bien des péripéties, tout ce petit monde se retrouve dans un petit village près du Mexique appelé Agua Callente, un village où l’on n’aime pas beaucoup les étrangers.

C’est dans ce village que les protagonistes abattront leurs cartes. Certains sont venus pour l’or et d’autres pour se venger.

Présenter comme cela, ca ne donne pas vraiment envie et semble assez classique.

Cependant la mise en scène que fait Sergio Léone de cette histoire transfigure le film et nous livre l’un des 5 meilleurs westerns de tous les temps.

Il nous offre une vision onirique de tous ces évènements.

La chorégraphie réalisée avec la musique du maestro Ennio Morricone magnifie les scènes en leur donnant une ampleur inégalée quasi biblique.

Chaque scène est un chef d’œuvre photographique.

L’attitude et la dégaine des personnages ou s’entremêle parodie, réalisme et cynisme leur donne une personnalité et un charisme rarement atteint sur un écran de cinéma.

Les scènes d’anthologie se succèdent (le braquage de banque, la provocation de Klaus Kinski…) pour finir sur un final délirant sous la forme d’un duel au milieu de la poussière ou la vérité éclatera au son de la musique de Morricone et avec l’intervention de Clint Eastwood.

L’interprétation de Gian Maria Volonte en pistolero violent et exalté fait froid dans le dos. Le cynisme d’Eastwood et les yeux de vautour de Lee Van Cleef porte ce film au sommet du cinéma de genre.
Un sommet qui sera d’ailleurs franchi avec le troisième film de cette trilogie qui atteindra à mes yeux le firmament du 7eme art : Le bon la brute et le truand.

A la suite de cela Léone entamera une nouvelle trilogie. La trilogie des « Il était une fois » qui donnera une vision de la construction du continent Américain à travers le crime, le vice et la vengeance et dont la portée cinématographique sera aussi bonne voire meilleur que la trilogie des dollars.

Comme Stanley Kubrick, Sergio Leone mourut trop jeune en n’eut pas le temps de réaliser un film sur la bataille de Stalingrad qui, d’après les phantasmes de nombreux fans, promettait d’être au film de guerre ce que la trilogie des dollars fut au western.
Il se murmurait aussi que ce projet aurait été aussi le premier volet d’une nouvelle trilogie.

On en rêve encore !!!

vendredi 20 novembre 2009

Muse - Palais Omnisport de Paris Bercy, 17 novembre 2009

Note : 3/4

Si l’on laisse de coté les vaches sacrés comme les Stones, AC/DC, U2 dont les albums ne présentent plus d’intérêt depuis des années et ne sont qu’un prétexte afin de promouvoir de gigantesques tournées best of, Muse est probablement avec Radiohead et les horribles Coldplay le groupe de rock le plus populaire de son époque.

Je ne débattrai pas sur le fait que ce constat nous amène à penser que l’on vit une triste époque d’un point de vue rock, car le concert donné par Muse à Bercy mérite bien plus d’attention.

Certes, je ne suis pas un grand fan ou connaisseur de la musique de Muse. Le trio de Matt Bellamy n’évoque à la base pour moi que des singles percutants chantés par une voix fortement influencé par Jeff Buckley et Thom Yorke. Une sorte de Radiohead du pauvre en plus énergique, plus pop et moins aventureux mais toutefois infiniment supérieur à ces geignards de Cold Play.

Toutefois avant de parler de ce concert qui a bousculé mes préjugés sur ce groupe je voudrais faire un aparté sur deux sinistres personnages : Pierre Parat et Michel Andrault.

Ces noms ne vous sont pas familiers, mais tout amateur de musique live vivant à Paris subit depuis des années les conséquences insupportables de leur travail désastreux et obsolète.

En 1983 ces deux architectes ont conçu le Palais Omnisport de Paris Bercy.
Cela fait donc plus de 25 ans que nous subissons l’effroyable acoustique de ce sale bloc de béton.
Combien de concerts ont été ruinés par cette caisse de résonance pourrie. La liste est infinie, mais pour ma part je retiendrai les performances endommagées de Neil Young, Simon and Garfunkel, Metallica, Johnny, Cure, Depeche Mode et j’en oublie…
Outre l’acoustique, sa forme rectangulaire est une insulte à la mise en place d’un concert digne de ce nom, surtout quand on voit des architectures comme celle de l’O2 arena de Londres ou du Zénith de Rouen avec leur conception en amphithéâtre et une architecture dédiée à l’acoustique et au son.

A l’heure ou une place de concert coute un bras, la moindre des choses serait de pouvoir y assister dans de bonnes conditions.
50 ou 100 euros pour ne pas entendre une voix ou une guitare c’est très très cher
Si le POPB est une bonne salle de sport (tennis, basket, moto) il faut impérativement que la ville de Paris se dote d’une grande salle digne de celles de Londres (O2 ou Brixton academy).

Revenons à Muse.
Le concert du 17 novembre aurait peu être un concert exceptionnel s’il n’avait pas été joué à Bercy. Non pas que la salle ait été trop grande, mais l’acoustique a encore fait des siennes et c’est bien dommage.

C’est dans une salle sold out depuis des mois que Muse défendait son nouvel album : Resistance.
Le public était survolté et étonnamment mixte et assez jeune. Les vieux routards des seventies et les jeunes quadra presque plus dynamique n’avaient pas répondu présents.

Première évidence, Muse assume son statut de gros groupe de stade avec brio.

La mise en scène est exceptionnelle et assez novatrice.
Les trois membres du groupe attaquent le concert avec un extrait plus qu’efficace de leur nouvel album juché sur trois immenses cubes sur lesquels sont projetés des images et un light show laser digne d’un épisode de Star Wars.
On en prend plein les yeux où que l’on soit placé. Cette scène est à toute épreuve et doit pouvoir faire son effet dans les plus grands stades, ce qui est rarissime.

Les cubes apparaitront et disparaitront au gré de des chansons.

Les chansons, parlons en!!!
Sans être fan du groupe, on s’aperçoit assez vite qu’on en connaît une majeure partie (et pas seulement les classique d’Orygin of symetry comme Bliss ou Plug in baby).
On s’aperçoit aussi qu’il n’y a aucune mauvaise chanson et qu’elles sont toutes taillées pour la scène.
Les crescendo de guitare sont époustouflants, les mélodies sont prenantes, les solos tonitruants et les refrains fédérateurs et scandés par un public qui obtient clairement ce qu’il était venu chercher.

On sent bien que le show de Muse est hyper pro, millimétré et que rien n’est laissé au hasard. Les amateurs d’improvisation et de funambulisme musical en seront pour leur frais et devront passer leur chemin.

Coté charisme, Matt Bellamy ne manque pas de présence même si ce n’est pas un frontman charismatique.
Cela n’a guère d’importance puisque le show suppliait à merveille cette carence.

Si l’on se concentre sur la musique, il est clair qu’elle évoque mille groupes (Radiohead, Queen par sa grandiloquence, Led Zep, Jeff Bucklay). Mais tout bien pesé c’est surtout du Muse car force est de constater que le groupe a un vrai style et une personnalité que je ne soupçonnais pas.
Muse mérite son succès.

Le set durera deux heures et clairement on en aurait redemandé.
On a même envie de réécouter les albums et on se laisserait bien tenté par une autre date, même dans un stade.

Cela aurait été un très bon concert s’il n’avait pas eu lieu dans le blokhaus de Pierre Parat et Michel Andrault et si un abruti n’avait pas braillé les refrains dans mes oreilles avec un talent digne des inoubliables de la nouvelle star et dans un anglais yaourt du plus bel effet.
Et clairement le point manquant de la note se situe bien là et nulle part ailleurs.

dimanche 15 novembre 2009

Easy Star all Stars - Elysée Montmartre, 3 novembre 2009

Note : 3/4

C’est avec beaucoup de curiosité et d’appréhension que je me rendais à l’Elysée Montmartre pour le concert des Easy Star all Stars.

En effet ce collectif de rastas azimutés s’est rendu célèbre en adaptant des albums de rock historique dans leur intégralité dans des relectures reggae dub plutôt réussie.

En 2003 leur premier coup d’essai fut un coup de maître avec l’adaptation délirante du Dark side of the moon des Pink Floyd sous le nom de Dub side of the moon.
Acclamé par un public très large ne se limitant pas au traditionnel public reggae puisque l’engouement des fans ultimes du Floyd ne tarit pas de louanges, les Easy star all stars s’offrirent une tournée mondiale.

Fort de ce succès, ils se lancèrent il y a deux trois ans dans l’adaptation de Ok Computer de Radiohead sous le nom de Radiodread.

Leur passage ces jours si à l’Elysée Montmartre était dicté par la tournée promo de leur dernier méfait appelé Easy stars lonely heart club dub en hommage à l’album culte des Beatles.

C’est un Élysée Montmartre deux tiers rempli qui accueillait le groupe de Dub.
Ce n’est pas si mal puisque le groupe phare de la scène reggae actuelle Groundnation se produisait le même soir au Zénith.

Chauffé à bloc par un toaster et une section cuivre tonitruante, le public se fit rapidement hypnotisé par les lignes de basses lourdes et roots des Easy star.

La set list fut un best of de leur albums. Hommages au Floyd, à Radiohead et aux Beatles.
Si l’on excepte des bonnes versions de A day in a life et When I am sixty four, on fait rapidement le constat que les morceaux des Beatles et de Radiohead sont moins percutants que les morceaux de Dark side of the moon.
Les versions de Time, Great gig in the sky, et une reprise de Time sont tout bonnement extraordinaires.

Le public dansait et acclamait ce groupe de dub qui clairement maîtrise son affaire sur une scène et nous gratifie d’un excellent concert bien rythmé et bien dansant.

Si l’on quitte la salle après une heure trente de concert avec une bonne humeur évidente, il est toutefois évident qu’on est plus proche du niveau et de l’intérêt de la ligue 1 que de la ligue des champions.

vendredi 13 novembre 2009

Gong - Le Bataclan Paris, 4 novembre 2009

Note : 4/4

C’est dans les vielles casseroles qu’on fait les meilleurs plats !!!
Tel est le constat que l’on peut dresser à la sortie du concert de Gong au Bataclan en 2009.

Gong est un groupe culte bien qu’assez méconnu du grand public qui existe depuis près de 40 ans mais qui draine un public fidèle sans cesse renouvelé.

Formé en France à la fin des années 60 par Deavid Allen, un australien un peu perché qui était aussi le fondateur de Soft Machine avec Robert Wyatt et Kevin Ayers, Gong est d’avantage un collectif qu’un groupe.
Fondé en plein flower power, gong était à la base un groupe dont les membres vivaient dans une communauté hippie dans le Sud de la France.
Bien entendu cette communauté était à géométrie variable et empilait les talents les plus divers et improbables pendant des lapses de temps plus ou moins long.

Tout au long de son histoire Gong a vu passer des dizaines de musiciens virtuoses que l’on a retrouvés par la suite dans de multiples formations (Hadouck Trio, Hawkwind, Miles Davis, et bien d’autres).
Le batteur Pierre Moerlen, les guitaristes Steve Hillage et Deavid Allen, le Saxophoniste Didier Malherbe, le claviériste Tim Blacke, le percussionniste Mino Cinelu et l’inclassable Gilly Smyth sont les plus connus d’entre eux.

La musique de Gong est au carrefour de plusieurs styles et est assez inclassable et pas forcement simple d’accès hors de la scène.
Elle peut être qualifiée de psychédélique, de jazz rock, d’acid jazz, de space rock, de musique planante, de free jazz ou de rock progressif.
Au final c’est un peu un mélange de tout cela.
Elle a beaucoup variée selon les époques et les influences des musiciens passés dans ses rangs et des différentes émanations du groupe. A certaines époques plusieurs Gong se produisaient en même temps. Le Pierre Moerlen’s Gong qui était plus free jazz, le Planet gong plus space rock avec Daevid Allen ou le Acid mother gong de Gilly Smyth.
Cependant, ces émanations se regroupaient de temps à autres pour des concerts commun ou des conventions regroupant les groupes des anciens membres de Gong.

Las albums marquants sont Angel Egges, Flying Teapot, You, Gazeuse, le Live etc.

Sur scène, Gong a la réputation de toujours livrer des concerts mémorables ou s’entremêlent les envolées musicales, les phases planantes, les transes hypnotiques, les breaks les plus improbables et des solos et des improvisations totalement virtuoses.

Ne les ayant jamais vus auparavant, c’est avec beaucoup de curiosité que j’attendais de concert, mais aussi beaucoup d’appréhension car certains musiciens pouvaient avoir dépassé la date de péremption (Gilly Smyth a 76 ans et Daevid Allen 72 ans) et que je ne savais pas du tout quoi attendre de leur son en 2009 et du répertoire abordé lors de cette tournée.

C’est avec les éléments historiques (Allen, Malherbe, Hillage et Smyth) que Gong faisait son retour en France.

Très vite beaucoup de mes appréhensions sont tombées.

Oui certains membres du groupe sont vieux, mais ils restent en pleine possession de leurs moyens !
Gilly Smyth a bien cette voix mi sorcière mi sirène si caractéristique. Daevid Allen avec sa tête de Merlin l’enchanteur ou du Doc Emmet Brown de Retour vers le futur montre l’enthousiasme d’un petit garçon espiègle tout en déployant un charisme et une énergie naturelle que beaucoup doivent lui envier. Je ne parle pas de la qualité de son jeu de guitare et de la manière hyper maitrisée dont il utilise sa voix qui semblent s’être bonifiée avec les années.

Le répertoire abordé se concentre sur les albums historique (Flying teapot, You et Angel eggs notamment).

La musique de Gong est une musique qui vous prend par surprise. Elle vous prend par la main et vous emmène dans toute une série de climats différents comme si l’on suivait paisiblement le cours d’un ruisseau de sa source jusqu’à sa jetée dans la mer.

La noirceur et le pessimisme sont totalement absents de cette musique qui trouve un équilibre improbable tour à tour fascinant et hypnotique entre le psyché planant, le free jazz et une base rock totalement assumée superposée par des sons électroniques bien sentis.

Gong, par sa simplicité et son coté positif et festif communicatif se situe très loin de l’univers un peu dark de King Krimson, de l’atroce lourdeur de Yes ou du coté intello conceptuel de Soft Machine.

Les musiciens semblent heureux d’être là et gratifient un public tout acquis à leur cause de solos sidérants qui l’emporte dans les tréfonds de son imagination.au cœur du monde de Gong (un monde peuplé de farfadets, de théières volantes, de sorcières et de magiciens).
La musique de Gong est un espace de liberté ou les musiciens au-delà des solos trouvent une alchimie unique dans les confins de leur créativité.


Par leurs enthousiasme, leurs désinvolture et l’impression de facilité absolue qu’ils dégagent, on oublierait presque que la musique de Gong est complexe et qu’elle ne peut être jouée que par des musiciens plus qu’accomplis qui maitrise la scène à la perfection.

On n’entend pas ce type de musique tous les jours, il faut la vivre sur scène pour en saisir toute sa portée et tout son intérêt.
Une écoute attentive, même confortablement installé chez soi, peut s’avérer déconcertante mais sur scène c’est une autre histoire.
Elle est magnifié par la puissance du son, par les improvisations des musiciens, par l’attitude halluciné et franchement drôle de ce vieux savant fou de David Allen et de ses déguisements extravagants tout comme les vidéos trippantes projetées qui sont elles aussi une invitation au voyage.

Clairement ce concert fut un grand moment de musique télé porteuse. Le seul regret que l’on puisse avoir en quittant la salle est qu’il n’est malheureusement pas évident que l’on puisse avoir la chance de revoir ce groupe sur scène, et que ce type de musique n’est aujourd’hui plus beaucoup jouée.

C’était en somme le concert d’une espèce en voie de disparition qu’il faudrait protéger, préserver et faire connaître.

jeudi 12 novembre 2009

Il était une fois la révolution

Note : 3/4

Octobre 2009, la programmation cinématographique est en passe d’atteindre le degré zéro.
On se laisserait presque tenter par le dernier Franck Dubosq, c’est dire si ce que les exploitants de salle nous proposent est d’une nullité abyssale.
Tel un oasis au milieu du désert, le Max Linder nous propose sur écran géant la copie neuve en version originale de Il était une fois la révolution de l’immense Sergio Léone.

Voir un Sergio Léone sur grand écran est une occasion malheureusement aussi rare qu’un concert d’Ennio Morricone. C’est dire si cela ne se rate pas.

En toute objectivité Sergio Léone est à mes yeux un génie absolu. Il est l’un des réalisateurs les plus imaginatifs, fascinants que la terre ait jamais porté.
Il a clairement révolutionné le cinéma par son approche visuelle, son utilisation du flash back, son culte de l’anti héros, le tempo hyper lent de sa narration, l’absence d’information sur ces personnages et par son utilisation magnifiée de la musique.

On ne peut bien entendu pas parler de Léone sans parler du Maestro Ennio Morricone.
Camarades d’écoles, les deux hommes ont réinventé le rôle de la musique dans le cinéma moderne. En revenant à la source ils ont placé la musique comme un personnage à part entière du film. Dans l’œuvre de Léone, la musique de Morricone raconte tout ce qui ne se dit pas à travers les dialogues (et Dieu sait qu’il ne se dit pas grand-chose).
Grâce au génie du Maestro, certaines scènes prennent une dimension fantastique tant la musique traduit, enlumine et magnifie toute la palette des émotions que l’on peut trouver dans les images de Leone.
Une telle osmose entre les images et la musique n’a probablement jamais été retrouvée même dans les films de Stanley Kubrick et de Quentin Tarantino.


Sergio Leone a clairement réinventé le western en lui apportant une dimension onirique inégalée sans rien trahir de son identité et de sa sensibilité européenne et de sa culture italienne.
En six ou sept films, il a laissé une empreinte indélébile sur des millions de fans de cinéma.
Grace à lui Clint Eastwood et Ennio Morricone sont devenus les géants que l’on connait.
La notoriété de certains acteurs comme James Coburn, Lee van Cleef, Charles Bronson, Gian Maria Volonte, Rod Steiger ou Eli Wallach n’existe presque uniquement grâce au traitement que leur a réservé Sergio Leone dans ses films.
En révolutionnant tous les codes du western, il a pu donner à Henri Fonda son dernier et peut être plus grand rôle dans un contre emploi absolu et signer des westerns complètement définitifs.
Après lui, peu de gens se sont essayé au western, l’héritage était trop lourd.
Les quelques rares bons western sortis dans les trente à quarante ans qui ont suivis ne rivalisent en rien avec ceux du maître.
Vénéré à juste titre par les plus grands réalisateurs actuels (de Tarantino à Scorcese en passant par Spielberg, Eastwood ou Coppola), Sergio Léone est avant tout un auteur totalement singulier.
Loin de tout formatage, de toute querelle de chapelle, il a imposé sa vision et son style à travers une représentation plus que personnelle de la construction du continent américain des débuts de l’ouest sauvage (Pour une poignée de dollars) jusqu’au dernier tiers du 20ème siècle (Il était une fois en Amérique).

Le cinéma de Léone est un cinéma d’homme. Les femmes y sont presque absentes à l’exception de Claudia Cardinale dans Il était une fois dans l’Ouest. Cependant celles-ci sont souvent une clé dans le comportement des personnages (La sœur du Colonel Mortimer, l’Irlandaise d’Il était une fois la révolution…).

Les personnages de Léone ne sont guidés que par deux motivations : L’or et la vengeance
C’est à travers ces deux quêtes et le vice et l’opportunisme qu’elles engendrent qu’ils prennent part malgré eux à la construction de l’Amérique
Malgré ce regard cruel et violent, les personnages restent cependant des hommes parfois capables d’une humanité insoupçonnée (la scène du cavalier mourant dans Le bon la brute et le truand) dans les situations les plus inattendues.

Le grand écran est indispensable au cinéma de Léone. Les paysages, les gros plans, les lumières, l’étalonnage le technicolor et, il faut le souligner, le grain de la pellicule donne une chaleur et une personnalité photographique que n’aura jamais un film filmé en numérique.

C’est tout cela qui rend le cinéma de Sergio Léone magique et indispensable.

Il était une fois la révolution est probablement le moins bon des Léone !!!
Mais sur grand écran c’est quand même une grande claque.
Mexique, 1913, Juan un pilleur de banques péones rencontre au beau milieu de la sierra Sean, un expert en dynamite Irlandais.
Malgré un antagonisme absolu ils s’associent avec des ambitions diverses dans le pillage d’une banque.
Ce braquage de banque sera le point de départ de leur enrôlement malgré eux dans la révolution mexicaine et dans une véritable odyssée.
Cet odyssée commence comme un récit picaresque, qui par bien des aspects n’est pas sans rappeler les aventures de Don Quichotte. Mais il se mue par la suite sur une vraie réflexion sur la violence inhérente à la construction d’un pays et aux mécanismes du pouvoir.

Cela donne à Léone l’occasion de travailler ses thèmes de prédilections : La vengeance, l’appât de l’or, l’opportunisme et le fait que l’histoire avec un grand H est souvent le résultat d’une sommes de petites histoires bien moins reluisantes.

La photographie est splendide. Elle atteint son sommet lorsque Léone oppose lors de flashback éblouissants le vert de l’Irlande à la poussière de la Sierra.
Les gros plans et le tempo narratif rappelle à tout le monde que c’est bien un film de Sergio Leone et de personne d’autre.

Ennio Morricone signe l’une de ses plus belles partitions, on peut en avoir les larmes aux yeux.

James Coburn et Rod Steiger livrent les meilleures performances de leur carrière à travers des personnages typiquement léonien.

Le bruit des balles et des explosions est inimitables, les scènes de batailles sont exceptionnelles.

Malgré tout cela, le film souffre de quelques faiblesses. C’est le seul film de Léone ou la longueur de certaines scènes dépasse parfois la limite de l’ennui.
De plus certaines ellipses scénaristiques compliquent la compréhension du film à des moments clés.
Les scènes clés du film sont peut être moins percutantes que les scènes clés des autres Léones
Tout cela fait qu’Il était une fois la révolution souffre de la comparaison avec les autres films de Léone.

Il était une fois la révolution forme avec Mon nom est personne la catégorie des Léones désavoués.
Peut être cela est-il du au fait que Léone ne voulait initialement pas réaliser ces films ?
Il a cependant signé celui-ci alors qu’il ne l’a pas fait avec Mon nom est personne.
Mais si un Léone désavoué n’est pas un chef d’œuvre, il reste cependant un grand film de cinéma.

Quel pied de voir çà sur grand écran !!!!!
Le 3 sur 4 est un très gros trois mais mon niveau d’exigence s’accentue lorsqu’il s’agit d’un Léone…